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System Failure

française

Défaillance du système: une catastrophe qui rapporte et des communautés qui supportent

Il y a tellement d'hôpitaux publics qui ont été construits à Bhopal depuis le désastre de 1984 que, comme l'a observe l’International Medical Commission on Bhopal (IMCB), la ville compte plus de lits d'hôpitaux disponibles pour 1000 habitant qu'en Europe ou au états-unies. Mais le Comptroller and Auditor General’s annual reports nous apprend quant à lui que ce sont en fait les commissions excessives (pots-de-vin) - et non le bien-être des victimes - qui sont le réel motif de la construction de ces grand hôpitaux rarement utilisées, et dotés d'équipements coûteux.

Les initiatives gouvernementales visant à identifier les survivants pour leurs venir en aide sont ainsi très vite devenues des opportunités de corruptions, ce qui a semé la confusion et une forte discrimination envers les victimes n'ayant pas les moyens de graisser la patte aux personnes concernées.

« Ce système a engendré un commerce de documents falsifiés, témoigne N. S. Sharma. La nuit du 3 décembre 1984, j’étais à Jammu, dans le Cachemire, à des milliers de kilomètres de Bhopal. Pourtant, quand je suis arrivé à Bhopal, en 1991, on m’a proposé, pour 800 roupies (23 euros), une carte prouvant que je résidais dans une zone affectée. » « Quant aux preuves médicales, complète M. Ravi Pratap Singh, de l’Action Aid India, des médecins vous en fournissaient pour 1000 roupies »[1].

Il n'existe par conséquent pas de chiffres officiels crédibles susceptibles d'informer sur le nombre de victimes, ni même sur le degré ou l'étendue des blessures dont ont souffert ces dernières. De plus, aucun système visant à assurer le suivi médical des malades - et permettant ainsi de prodiguer des soins médicaux à long terme - n'a été mis en place jusqu'à ce jour.

L'échec des agences gouvernemental de l'État (en dépit des dépenses de plus de 43 millions de dollars de fonds publics) à offrir un soulagement efficace aux malade a donné une bonne opportunité de faire des affaires aux médecins privés et infirmiers des maisons de soins. Dans les zones gravement touchées, la plupart des maigres compensations perçues ont été consacrées à des médecins privés. Bien qu'à peu près 70 % d'entre eux ne soient pas des professionnels qualifiés, ils constituent cependant la majore partie des fournisseurs de soins médicaux.

De plus, les soins de santés traditionnels - tels que la médecine Ayurveda et le yoga qui sont connus pour fournir une aide soutenue sans contribuer à la charge toxique - n'ont reçu qu'une reconnaissance purement symbolique dans le système officiel des soins médicaux à Bhopal. Les budgets alloués par le gouvernement à destination de ces soins médicaux dit «alternatifs» s’élèvent ainsi à moins d'un pour cent.

Malgré plusieurs conseils de professionnels de la santé, en ce compris le personnel de l'IMCB, les allocations budgétaires pour les services de santé communautaires sont également restés très bas - moins de deux %- et il n'existe pas d'agents de santé communautaires payé par le gouvernement ou par le BMHT. En conséquence, des secteurs vitaux comme l'éducation sanitaire et la participation communautaire dans la prise en charge médicale demeurent négligés.

Pour  toute ces raisons, les malades n’ont souvent pas d’autre choix que de se rendre dans l’un des hôpitaux publics comme le Bhopal Memorial Hospital Trust (BMHT).

Malheureusement, le BMHT (à l'origine mis en place par Union Carbide) a prescrit une grande quantité de médicaments qui ont fait plus de mal que de bien. Le Dr Rajiv Bhatia, directeur médical du ministère de la santé publique de San Franscisco, a vérifié plus de 400 ordonnances données aux malades chroniques dans les cliniques communautaires de la Trust et est parvenu à des conclusions alarmantes. Cette étude a conclu que seulement 16 % des prescriptions étaient rationnelles et que 46 pour cent de la plupart des médicaments vendus aux patients leur étaient nuisibles ou inutiles.

Un grand nombre de personnes consommant l’eau empoisonnée avait déjà été affectée par l’exposition aux gaz. La plupart de ceux-ci sont atteints de diabète, une maladie qui, si elle n'est pas détectée à temps, peut entraîner une insuffisance rénale. Plusieurs prescriptions médicales inappropriées ont conduit à ce que de nombreuses personnes consomment des médicaments, y compris des analgésiques comme le paracétamol, qui ont un impact potentiellement toxique sur les reins qui furent directement endommagés par les gaz toxiques de Carbide.

La municipalité, à qui incombe la responsabilité de fournir de l’eau potable à ses administrés, n’apporte cependant pas suffisamment d'eau pour répondre à la demande de toute la population. Le réseau de tuyauterie est mal entretenu et les fuites et ruptures présentes dans les canalisations permettent aux eaux  usées de contaminer l’eau destinée à la consommation. Faute de mieux, la plupart des gens sont contraints d’utiliser des pompes manuelles privées ou d'alésage afin de se procurer une eau qui est souvent sale et sentant le solvant. Beaucoup de gens souffrent d’éruptions cutanées après avoir consommé ou s’être baigné dans l'eau.

La plupart des produits chimiques qui s'échappent de l'usine et qui empoisonnent l'eau potable sont toxiques pour les reins. Il n'est donc pas surprenant de  constater qu’une épidémie de problèmes rénaux ait émergé en même temps que de nombreux cas de cancers et d’enfants naissant malformés.

Le « Bhopal Memorial Hospital & Research Centre » (BMHRC), qui a pour mission de s’occuper en priorité des victimes du gaz, dispose pour ce faire d’un service de néphrologie à part entière. Malgré tout, force est de constater que les personnes affectées par le gaz se voient systématiquement refuser la dialyse (une méthode visant à purifier le sang), qui s’avère pourtant être indispensable pour sauver des vies et faire cesser l’évolution des dommages, car la priorité est sans cesse de donner aux patients pouvant payer leurs soins. Les victimes du gaz - méprisamment dénommés «gaisees » par le personnelle du BMHRC - sont priées de revenir dans trois mois. En attendant, beaucoup de gens meurent et continuent à souffrir pendant cette période.

Nous assistons de fait à une situation choquante où - des personnes survivent contre vents et marées - une société continue à faire ses affaires "comme d'habitude"  - un gouvernement qui est sur le point de clore le dossier sur le «expendable people » de Bhopal - et le système de soin de santé courant qui fait très probablement plus de mal que de bien.

C’est dans cette situation apparemment sans espoir qu’a émerger la Sambhavna Trust. Sambhavna est un mot sanskrit / hindi qui signifie «possibilité». Si l’on coupe ce mot en deux parties, l’on obtient les mots «sama» et «Bhavna» qui signifient «les mêmes sentiments» ou «compassion». Malgré le désespoir qui l'emporte le plus souvent dans Bhopal, Sambhavna croit en la possibilité d'arrêter la catastrophe médicale qui sévit à Bhopal et que la solution réside dans le sentiment de compassion.

Le travail effectué par la Sambhavna Trust a démontré qu'il est possible d'évoluer de façon simple, sûre, efficace, éthique. Bien que petite par rapport à l'ampleur et la complexité de la catastrophe, la clinique a fourni un traitement direct à plus de 35.000 personnes et apporté son soutien à environ 10.000 personnes à travers ses initiatives sanitaires lancées dans plus de 15 communautés vivant à proximité de l'usine d’Union Carbide.


[1] Le monde diplomatique (journal), « Bhopal : huit personnes jugées coupables en Inde », France, 07.06.10.

Ferme

pain goes on and on System Failure bhopal medical appealSo many government hospitals have been built in Bhopal since the 1984 disaster, that, as the International Medical Commission on Bhopal (IMCB) has observed, there are more hospital beds per 1000 population here than in the USA or Europe. The Comptroller and Auditor General’s annual reports suggest that excessive commissions, and not concern for victims’ welfare, is the real motive for building these huge hospitals that house seldom-used, expensive equipment.

Government initiatives towards identification of survivors have resulted in confusion, corruption and utter discrimination. Consequently there are no credible official figures of the number of victims and the degree and extent of injury. Similarly lacking are systems to document the health status and treatment given to hundreds of thousands of survivors under long-term medical care.

Given the nature of chronic exposure-induced illnesses and the need for continuous medication, systematic efforts towards finding non-toxic drug alternatives or drug-free therapies are long overdue. Such initiatives are even more imperative in the context of the rich possibilities offered by long-established indigenous systems. However, systems of healthcare such as Ayurveda and Yoga that are known to provide sustained relief – without contributing to the toxic load – have been given only token recognition within the official system of medical care in Bhopal. The government budgetary allocation to ‘alternative’ medical care is under one percent. The Bhopal Memorial Hospital Trust (BMHT) does not recognise ‘alternative’ therapies at all.

Despite repeated advice from medical professionals, including the IMCB, a community health perspective has failed to inform healthcare delivery among the gas-affected population. Budgetary allocations to community health services have remained under two percent and there are no government or BMHT community healthworkers. As a consequence, such vital areas as health education and community involvement in medical management remain neglected.

While Union Carbide / Dow continue to evade liability for contamination of community water sources, the government has done little to protect people from additional exposure and injury. Both Union Carbide / Dow and the Indian Government are in possession of information on the hazardous and persistent nature of these pollutants, yet no effort is being made to assess the damage, or plan for remediation.

The failure of state government agencies (despite spending over US $43 million of public money) to offer sustained relief has meant big business for private doctors and nursing homes. In the severely affected areas, most of the meagre compensation has been spent on private doctors, nearly 70 percent of whom are not even professionally qualified, yet they constitute the majority of the medical care providers.

The BMHT (originally set up by Union Carbide) has also been found to be prescribing drugs that do more harm than good. Dr Rajiv Bhatia, Medical Director of the Department of Public Health in San Franscisco, audited over 400 prescriptions given to chronically ill patients in the Trust’s community clinics with alarming conclusions.

It is indeed a shocking situation – people surviving against the most gruesome odds – a company carrying on with ‘business as usual’ – a government that is about to close its files on the ‘expendable people’ of Bhopal – and the prevalent system of health care most probably doing more harm than good.

This seemingly impossible situation provides the context for Sambhavna’s existence. Sambhavna is a Sanskrit / Hindi word which means ‘possibility’. Read as two words, ‘sama’ and ‘bhavna’ it means ‘similar feelings’ or ‘compassion’. Although despair often prevails in Bhopal, Sambhavna believes in the possibility of stopping the medical disaster in Bhopal and that the secret lies in generating compassion.

The work carried out by Sambhavna has demonstrated that it is possible to evolve simple, safe, effective, ethical and participatory ways of performing research, monitoring and treatment in Bhopal. Although small compared to the magnitude and complexity of the disaster, the clinic has provided direct treatment to over 35,000 people and given support to a further 10,000 through its health initiatives in over 15 communities close to the Union Carbide factory.