A Child Is Born
Un Enfant Est Né
Il est minuit passé à l'intérieur de la salle de travail humide de l'hôpital Sultania Janada, à Bhopal. Trois infirmières sont en train de laver un nouveau-né avant de le soulever doucement pour donner à sa mère un première aperçu de sa progéniture.
"Tumhara Ladka Paida hua hai (Vous avez un fils)», dit une infirmière, tout en donnant une petite fessée l'enfant pour le faire pleurer. Il n'y a pas de réponse. Dans la pénombre, la peau de l'enfant semble luisante et bleuâtre. Quelques minutes plus tard, un médecin-chef est appelé dans la salle. Il regarde la figure difforme, demande le dossier médical de la mère et griffonne dans la colonne destinée aux détails de la naissance: «garçon mort-né de quatre livres, né de la mère". Puis, il se précipite à la maternité pour aider une autre patiente sur le point d’accoucher. Depuis la salle d’attente silencieuse, le père regarde avec espoir le médecin vêtu de blanc se laver les mains, jusqu'à ce que le bruit des sanglots provenant de derrière le rideau vert de la salle de travail ne lui apprennent la triste nouvelle.
"Yeh gaz bhi kand ka baccha Paida hua hai, (Voici un autre enfant de la tragédie du gaz)», explique l'infirmière, lorsqu’elle montre au père le visage ratatiné de son enfant.
C’est avec ces mots écrits en Juillet 1985 que le magazine indien Sunday a commencé son article intitulé The Babies of Bhopal. Ces propos tragiques furent rapportés par le journaliste Ritu Sarin, plus de sept mois après "cette nuit-la". La douleur de ces parents s'est noyée dans un sentiment d’horreur partagé par des centaines d’autres parents à qui l’on devait dire, "Votre enfant est une autre victime du gaz".

Une enquête menée au près de 865 femmes enceintes qui vivaient à moins d'un kilomètre de l'usine au moment de la fuite de gaz, a révélé que 43% d’entres elles ont donné naissance à des enfants mort-né. Parmis les 486 naissances vivantes, 14 % des bébés sont morts dans les 30 premiers jours, ce qui contraste fortement avec le taux de mortalité de 2,6 à 3 % calculé au cours des deux années précédant l'accident sur la même population.
Source: Varma, D.R, ‘Epidemiological and experimental studies on the effects of methyl isocyanate on the course of pregnancy.’ Environmental Health Perspectives 1987
Mais passer le cap du premier mois ne garantissait pas pour autant que l’enfant puisse survivre. Comme le magazine Sunday l’explique: " Seul un enfant sur trois né d’une femme qui était enceinte durant la nuit de la catastrophe survécut. Beaucoup sont nés déformés. "

Un fœtus présentant des défauts à la naissance. Un fait qui continue à se manifester parmi les communautés affectées par le gaz de Bhopal. «Les enfants naissent avec des malformations, comme la fente labio-palatine, trois yeux, tous les doigts joints." (The Lancet, 14 Septembre 2002)
Le véritable taux de mortalité concernant les enfants qui ont été exposés aux gaz d'Union Carbide dans le ventre de leur mère est proche des 50 %. Ces chiffres alarmants - de même que les naissances monstrueuses qui ont commencé à se succéder - ont créé la panique chez certains fonctionnaires. Pourtant, Ritu Sarin a malgré tout constaté que les bureaucrates du gouvernement et les médecins chefs étaient réticents à l’idée de parler de ce qui se passait. Cependant ...
«... Les infirmiers et les sages-femmes de l'hôpital dirent la vérité sur les accouchements bizarres de ces jours-ci. En voyageant dans l'ambulance qui transporte les cordons ombilicaux ensanglantés, les placentas et les enfants agonisant vers l’hôpital d’Hamidia, l’un d’eux nous apprit que quatre à cinq enfants mouraient tous les jours dans le seul Hôpital de Sultana Janana et que plus de dix placentas étaient quotidiennement envoyés au Gandhi Medical College afin d’y être analysés. Il y a des histoires tristes de mères qui ont perdu leur bébé ou qui élèvent des enfants déformés, des histoires choquantes racontées par le personnel subalterne des hôpitaux, par les sages-femmes et par les infirmières qui insistent pour dire qu'ils n'ont jamais vu un cycle de naissance et de mort de ce genre auparavant. A l’opposé de ces déclarations, on retrouve la version officielle des naissances et des décès comptabilisés par les médecins chefs qui ont pour instruction de ne pas parler. Il y a tentative de camoufler le nombre et la nature des déformations enregistrées par le service qui s’ajoute a celle de déclarer que la situation a été normale jusqu'à présent ».
Ritu Sarin ne pouvait pas savoir à l’époque à quel point sa prochaine remarque allait se révéler être une inquiétante prophétie.
"Et personne ne sait si le traumatisme prendra fin avec cette génération ou avec la prochaine."
Cela fut écrit en 1985 et l’extrait qui suit est tiré d'un article publié en Septembre 2002 dans le Lancet. Ce dernier fait référence a une récente étude sur Bhopal:
«Les enfants naissent avec des malformations, comme la fente labio-palatine, trois yeux, tous les doigts joints, un doigt supplémentaire, un testicule, des crânes déformés et le syndrome de Down", nous explique N. Ganesh, un chercheur à the Jawaharlal Nehru Cancer Hospital and Research Centre l'hôpital (JNCHRC). Ganesh a dessiné son échantillon de la zones touchée par les gaz et l’a désigné comme «classe A» pour la gravité de l'exposition au MIC. «Mon étude est seulement révélatrice de la situation à Bhopal", dit-il. "Nous devons faire des études génétiques à long terme, parce que certaines des anomalies peuvent être dues aux mariages consanguins qui ont fréquemment lieu parmi la communauté musulmane locale." (Source: Le Volume Lancet, 360, numéro 9336 14 Septembre 2002)
Que ces faits aient tous été publiés tient en quelques sortes du miracle, car les fonctionnaires de Bhopal continuent à maintenir un mutisme déconcertant. Dix-huit mois avant que ne paraisse l'article du Lancet, le chercheur Tim Edwards et le photographe Andy Moxon, étaient à Bhopal et y ont rencontré Ganesh. Ce qui suit est le compte rendu inédit de leurs conversation:
«Lorsque j'ai visité the Jawarlhal Nehru Cancer Hospital pour la première fois en avril 2001, de fut à l'initiative de N. Ganesh, un chercheur en médecine, qui travaillait sur la phase finale de sa thèse de doctorat. Andy Moxon, un photographe avec qui je travaillais à Bhopal, avait rencontré Ganesh dans le Punjab Mail au cours d'un voyage entre Bombay et Bhopal. Ganesh lui avait alors expliqué qu'il était en train d'entreprendre des recherches sur les effets génétiques à long terme de l'exposition au MIC, et nous avait tous deux invités à venir voir certains de ses travaux.
"Le JNCH semblait être « up to date » - à en juger par la propreté des larges couloirs, des salles bien aérées et de l'état de l'équipement de pointe qui s’y trouvait. Le laboratoire de Ganesh était extrêmement bien équipé, débordant presque de tout un tas de matériel médical moderne. Des supports de tubes à essai, un grand réfrigérateur, des tableaux sur les murs, une machine utilisant la force centrifuge pour séparer les cellules du sang, des affiches médicales et même un microscope électronique. Ganesh semblait heureux d'être en mesure de nous faire visiter son environnement de travail, mais il paraissait également un peu nerveux et ce, d'autant plus lorsque des bruits de pas se faisaient entendre dans le couloir adjacent à son laboratoire.

Cette petite fille, née en l’an 2000 d'une mère affectée par le gaz, souffre d’un défaut de naissance similaire aux fœtus qui sont morts "cette nuit-la". Sa lèvre supérieure a été réparée par un chirurgien esthétique.
"Le nom du projet Ganesh était Genetic risk evaluation of MIC – clinical and cyto-immunological studies in population exposed in Bhopal (l'évaluation des risques génétiques liés au MIC - études cliniques et cyto-immunologique de la population exposée à Bhopal). Il nous a expliqué que les sujets sur les photos étaient tous nés de parents fortement exposés au MIC. Ils étaient tous dans les zones proches de l'usine au moment du drame. Des cas de maladies similaires avaient fait leur apparition dans les hôpitaux publics au cours des années précédentes, et Ganesh avait eu un accès exclusif à ces derniers.
"Il avait tracé des diagrammes de l'histoire familiale de chaque sujet. Il y avait des photos de chromosomes attachés à chacun de ces dossiers, et Ganesh avait souligné les anomalie sur chacune d’elle. Il nous a ensuite montré environ 30 photos - prises à partir de l’an 2000 - de jeunes enfants nés dans des familles qui furent exposées au gaz. Les images ont révélé des malformations congénitales, et la majorité d'entres eux étaient si monstrueux, que j'ai gardé ces images dans mon esprit des semaines durant. Les premières photos, prises par un amateur, montrait des retinoblastomes , un type de cancer qui fait rage juste derrière l'orbite de l’oeil de son hôte, ce qui rend celui-ci horriblement enflé, difforme et entouré de tissus livide. Aucun des enfants affecté par ce mal n’a dépassé l’age de six ans. Sur certaines des photos, dont la moitié du visage n’était pas affecté, l’on pouvait voir un étrange mélange entre les trait d’un monstre et ceux d’un enfant ordinaire ».

Dans l’ancien laboratoire de la société Union Carbide; des bouteilles de réactifs sont abandonnés. Greenpeace a trouvé des traces de pollution au mercure qui, à certains endroits, étaient 6.000.000 fois plus élevés que le niveau dit "sûr".
"Quand nous sommes sortis du laboratoire et que j'ai commencé à poser plus de questions à Ganesh, ce dernier m'a semblé devenir plus nerveux. Ça ne serait pas bon pour lui si le directeur apprenait qu'il nous avait amenés ici. Nous nous sommes alors dirigés vers la grande salle destinée aux patients atteint par le MIC afin de les interviewer. Cette partie de l'hôpital fut financé par une subvention de dix millions de roupies par le Department of Gas Relief and Rehabilitation. Mais le directeur a finalement été informé de notre présence, et a convoqué mon collègue Andy dans son bureau pour y être cuisiné une demi-heure durant. Andy n'a rien dit sur Ganesh ou sur les photos que nous avions vues. Nous fûmes ensuite priés de quitter l'hôpital ».
« Quelques semaines plus tard, je revins à Bhopal avec un cinéaste d'ABC Nightline afin de rencontrer Ganesh dans un endroit neutre: le musée de l’hôpital Hamidia où, parmi d'autres expositions macabres, il y avait plusieurs foetus malformés conservés dans des bocaux à formol. L'un d'eux, de couleur bleue, paraissait à peine humain - l'arrière de son crâne était petit et équarris, alors que ses lobes frontaux étaient exagérément protubérants. Ganesh nous expliqua que c'était l’un des bébés du gaz de Carbide.

Le mercure était utilisé dans l'usine 1-naphtol comme un liquide porteur, mais lorsque la machine automatisée a cessé de travailler, des ouvriers ont été embauchés pour empaqueter les produit chimiques dans des sacs plastiques qu'ils ont ensuite transportés sur leur dos avant de les faire basculer dans la trémie avec leurs mains nues. Aucun avertissement ne leurs a jamais été communiqué au sujet des dangers de l'exposition.
«J'ai demandé à Ganesh de dire au journaliste ce qu'il m'avait dit quelques semaines au paravant, mais il ne semblait pas vouloir aborder la question du Gaz. En fait, et chaque fois que nous avons essayé d'interroger Ganesh sur le sujet des défauts de naissance - ainsi que sur les questions liées aux conséquences sanitaires de l'exposition au MIC - il faisait des déclarations de plus en plus nerveuses et erratiques qui nous éloignaient systématiquement de la question initialement posée. J'ai eu le sentiment d'être en face d'un homme qui avait profondément peur pour son emploi ».
«Ce que je soupçonne, aux vues de cette rencontre et d'autres histoires que j'ai déjà entendues, c'est que les informations relatives aux conséquences graves, et à long terme, de l'exposition au MIC sont systématiquement occultées par les autorités locales. Cela ne fait pas si longtemps que des fonctionnaires locaux ont été impliqués dans le même genre d'entreprise, lorsque le programme d'études ICMR a été inexplicablement mis en veille, et que le Ministry of Chemicals and Fertilisers (Ministère des produits chimiques et des engrais) a interdit la publication des résultats obtenus.

Des sacs de lindane (hexachlorocyclohexane) se trouvent dans une situation de sécurité précaire. Ces produits chimiques peuvent pourtant provoquer des cancers et des anomalies congénitales multiples.
"Avant de quitter Bhopal, j'ai rencontré le Dr Ghazala, pédiatre à l'Hôpital Hamidia, qui fut elle-même touchée par les effets du gaz et qui se préoccupe activement du bien-être des survivants de la catastrophe. Ses commentaires étaient sans équivoque: «Les médecins du gouvernement ne veulent pas dire un mot sur les problèmes de santé liés au gaz. Ils ont pour ordres de ne pas en parler. Si ils doivent s'adresser à la presse, ils diront toujours qu'il n'y a aucun problème. "
Le parasitage des informations concernant l'état de santé des survivants du gaz par les autorités indiennes a toute une histoire. L'accord passé à huis clos entre le gouvernement et Union Carbide pour un dédommagement d'un montant de 470 millions de dollars, était fondé sur des chiffres largement sous-estimés du nombre de morts et de personnes mutilées. Ces chiffres sont encore cités comme des faits par l'entreprise et par certains journalistes négligents. Cette étrange histoire nous pousse à nous poser davantages de questions. Pourquoi un gouvernement tient-il tant à affaiblir sa propre position lors d'un règlement de différends juridique dont elle est partie prenante? Pourquoi a-t-il empêché que des informations médicales sur le gaz soient accessibles au public, alors que ces informations pourraient bénéficier aux médecins qui travaillent avec les malades empoisonnés par le gaz? Pourquoi, et ce, même 18 ans plus tard, y a-t-il encore un climat officiel fait de secrets et de dissimulations concernant ce qu'une entreprise étrangère a fait à des gens que ces mêmes fonctionnaires ont la charge de représenter et de protéger?
Tim Edwards, chercheur et membre du BMA, Décembre 2002
Traduit de l’anglais par Ben Duboc (volontaire à la Sambhavna Trust, janvier 2011).
FermeIt is past midnight inside the dank labour room at the Sultania Janada Hospital, Bhopal. Three attendants wash the tiny infant and routinely hold him up to give his mother her first glimpse.
“Tumhara ladka paida hua hai (You have a son),” says one nurse as she pats the child to make him cry. There is no response. In the dim light, the skin of the child looks macerated and bluish. Within minutes, a senior doctor is called in. He looks down at the curled figure, asks for the mother’s medical record and scrawls in the column for details of the birth: “Stillborn boy weighing four pounds, born to the mother”. Then he rushes out to the maternity ward to attend to another patient about to deliver. Outside there is silence as the father looks expectantly at the white-clothed figures washing hands in the waiting room. Then comes the sound of weeping from beyond the green curtains of the labour room.
“Yeh bhi gas kand ka baccha paida hua hai, (Here is another child of the gas tragedy)” says the nurse as she shows the father the shrivelled face of his newborn.
With these words, written in July 1985, the Indian magazine Sunday opened its report on The Babies of Bhopal, describing the situation as reporter Ritu Sarin found it, seven months after “that night”. The grief of these parents was drowned in a universal horror, for hundreds of parents were to be told, “Your child is another victim of the gas”.

In a sample of 865 women who lived within a kilometre of the plant and who were pregnant at the time of the gas leak, 43% of the pregnancies did not result in live births. Of the 486 live births, 14 percent of babies died in the first 30 days compared to a death rate of 2.6 to 3 percent for previous deliveries in the two years preceding the accident in the same group of women. Source: Varma, D.R, ‘Epidemiological and experimental studies on the effects of methyl isocyanate on the course of pregnancy.’ Environmental Health Perspectives 1987
But getting through the first month was no guarantee of survival. As Sunday magazine reported: “Out of every three children born to women who were pregnant on the night of the disaster…only one survives. Many are born deformed.”

- A foetus showing birth defects that continue to manifest among the gas-affected communities in Bhopal. “Children are being born with deformities like cleft palate, three eyes, all fingers joined.” (The Lancet, 14 September 2002)
The true death rate for children who were exposed to Union Carbide’s gases in their mother’s wombs was nearly 50 percent. This horrifying figure and the monstrous births that had begun taking place were hushed-up by panic-stricken officials. Ritu Sarin found an unwillingness among government bureaucrats and senior doctors to speak about what was happening. But…
“…attendants and midwives in the hospital tell the truth about the bizarre observations of childbirth these days. Travelling in the ambulance which carries cord blood samples, placentae and ailing children to Hamidia Hospital, one learns that four to five children are dying every day only at the Sultana Janana Hospital with more than ten placentae being sent for experiments to the Gandhi Medical College. There are sorry tales of mothers who have lost their offspring or who are bringing up deformed infants, the shocking accounts given by the junior staff of hospitals, midwives and nurses who insist they have never seen any birth-and-death cycle of this kind before. Against this is the official version of births and deaths and accounts of senior doctors who are under instructions not to talk. There is an attempt to cover-up disclosures of the nature of the deformities or abnormalities being recorded and an attempt to declare the situation has been normal till date.
Ritu Sarin could not have known how disturbingly prophetic her next remark would turn out to be.
“And nobody knows if the trauma will end with this generation, or the next.”
That was written in 1985. Here is an extract from an article published in September 2002 in the Lancet, quoting recent research from Bhopal:
“Children are being born with deformities like cleft palate, three eyes, all fingers joined, one extra finger, one testicle, different skull shapes and Down’s syndrome”, says N Ganesh, a researcher at the Jawaharlal Nehru Cancer Hospital and Research Centre (JNCHRC). Ganesh drew his sample from gas-hit areas designated as “grade A” for the severity of MIC exposure. “My study is only indicative of the situation in Bhopal”, he says. “We need to do longterm genetic studies, because some of the abnormalities may be due to consanguineous marriages prevalent among the local Muslim community.” (Source: The Lancet, Volume 360, Number 9336 14 September 2002)
That these facts were published at all is something of a miracle, because officials in Bhopal to this day maintain their mystifying conspiracy of silence. Eighteen months before the Lancet article appeared, Tim Edwards, a researcher, and photographer Andy Moxon, were in Bhopal and talked to Ganesh. The following is a previously-unpublished account of that conversation:
“When I visited the Jawarlhal Nehru Cancer Hospital for the first time in April 2001, it was at the behest of N Ganesh, a medical researcher working on the final stages of his PhD. Andy Moxon, a photographer I was working with in Bhopal, had met Ganesh on the Punjab Mail during a journey from Bombay to Bhopal. Ganesh told Andy that he was undertaking research on the longterm genetic effects of MIC exposure, and had invited the two of us to see some of his work.
“The JNCH appears impressively up to date, with clean cool corridors, broad, well-aired wards and state of the art equipment. Ganesh’s lab was exceedingly well equipped, almost cluttered with contemporary medical laboratory equipment. Racks of test tubes on the benches, a large refridgerator, charts on the walls, a machine utilising centrifugal force to separate blood cells, medical posters, and, in pride of place, an electron microscope. Ganesh seemed pleased to be able to show us around his working environment, but he also seemed a little jumpy, especially so when footsteps passed in the corridor outside.

- This little girl, born to a gas-affected mother in 2000, has a similar birth defect to the foetus above that died on “that night”. Her lip has now been repaired by surgery.
“The name of Ganesh’s project was Genetic risk evaluation of MIC – clinical and cyto-immunological studies in population exposed in Bhopal. He explained that the subjects of the photos he was about to show us were born to parents heavily exposed to MIC. They were all from areas close to the factory. The cases had come to light in government hospitals over the previous few years, and Ganesh had had exclusive access to them.
“He had mapped out diagrams of the family history of each subject. There were photographs of chromosomes attached to each of these case files, and Ganesh pointed out ominous breaks and abnormalities within the material. We were then shown about 30 photos – taken from 2000 onwards – of young children born within gas-exposed families. The images revealed birth deformities, the majority of them so monstrous, so disturbing that I kept revisiting them in my mind’s eye for weeks after. The first pictures, amateurly shot, with a garish fullness to the colour, presented a sequence of retinoblastinomas, a type of cancer that rages just behind the eye socket of its host, making the eye horrifically swollen, misshapen and bounded with livid tissue. None of the children affected were older than six. In some of the photos, with one half of the face being unmarked, there was a jolting bifurcation between monster and ordinary child. In others the deformity wrought by the cancer tugged upon already imperfect features. In one photo a baby months old was hidden behind two of these grotesque afflictions.

- A pile of Sevin (carbaryl) rocks rotting into the open ground, where each monsoon washes it further into the groundwater. Sevin is the trade name of the pesticide that was made at the Union Carbide factory
“There was no restraint in the horror of these images. Next there were genital distortions, followed by gross limb deformities (one girl held up a foot five times larger than the one on which she stood – another flexed fingers that protruded from her shoulders), and tiny babies with hyenchephalitis, whereby the skull swells and bloats, throwing the body out of proportion and squashing down the features. Finally there was a boy with doughy skin, lying in what looked like an incubator, looking past the camera through a large, single, milky eye situated near the middle of his forehead. It was a relief when the photos ended. Ganesh said that he didn’t have the resources to collect more case studies but he knew that there were many more out there. Apparently the director of the hospital wasn’t giving Ganesh much support on his project. Not only that, he didn’t really want outsiders to know about Ganesh’s research.
“I asked Ganesh if, in his opinion, the congenital abnormalities had resulted from gas exposure. ‘Certainly’, he said. ‘But what I have is not enough to publish the data.’
“I thought about the sparseness of the known research on the matter. An Indian Council of Medical Research study from the 1980s found that 15 in 1000 babies born after the gas showed congenital malformations. In a study ranging one to ten kilometres from the Carbide factory, 12 months after exposure 71% of the exposed population showed evidence of chromosomal damage compared with 21% in a control population. Breaks and gaps were also found in the chromosomes of exposed people three years after the gas. After that, no systematic research had been published.

- In Union Carbide’s laboratory, bottles of reagents are abandoned. Greenpeace found mercury pollution at the site in some places at 6,000,000 times the ‘safe’ level.
“As we came out of the lab and I asked Ganesh more questions, he seemed to get more nervous. It wouldn’t look good if the director knew that he had brought us in here. We moved off to talk to people in the hospital’s MIC wards, which were funded by a Rs 1 crore grant from the Department of Gas Relief and Rehabilitation. But the Director quickly did find out we were there, and summoned my colleague Andy into his office for a half-hour dressing down. Andy said nothing about Ganesh or the photos we had seen. We were asked to leave the hospital.
“A few weeks later I took an ABC Nightline filmmaker to meet Ganesh at a neutral location: the museum of Hamidia Hospital where, among other gruesome exhibits, there were several malformed foetuses kept in jars in formaldehyde. One of them, blue in colour, looked scarcely human; the rear of its skull was small and squared off, whereas its frontal lobes were exaggerated and prominent. Ganesh told us that it was a gas baby.

- Mercury was used in the 1-napthol plant as a liquid bearing, but when the automated machinery ceased to work, labourers were hired to carry sacks of chemicals on their backs and tip them into the hopper with their bare hands. No warnings were ever given to them about the dangers of exposure.
“I asked Ganesh to tell the reporter what he had told me earlier. He didn’t, instead talking generally about cancers, case studies that were not MIC related. Every time we tried to bring Ganesh back to the birth defects, back to the subject of MIC-related health consequences, he would make increasingly nervous and erratic statements that led us away from the topic. I got the sense of a man deeply afraid for his job.
“My suspicion, from these encounters and other stories I had already heard, was that information pointing to the serious longterm consequences of MIC exposure was being systematically suppressed by local officials. It was not so many years back that national officials were implicated in the same business, when the programme of ICMR studies were inexplicably shelved, many unfinished and a ban placed on their publication by the Ministry of Chemicals and Fertilisers. The ban was lifted in 1996, silently, but the studies have yet to receive the benefit of public scrutiny.

- Sacks of Lindane (hexachlorocyclohexane) lie in an insecure go-down.The chemical can cause cancers and multiple congenital abnormalities.
“Before leaving Bhopal I met Dr Ghazala, a paediatrician at Hamidia Hospital, gas-affected herself and with an active concern for the welfare of Bhopal’s survivors. Her comments were unequivocal: “The government doctors won’t say a word about gas problems. They are under orders not to talk about these things. If they talk to the press they will say there are no problems.”
“The muddying of information on the condition of gas survivors by Indian authorities has quite a history. The settlement of $470 million, struck behind closed doors with representatives of Union Carbide, was based upon grossly under-calculated figures for the dead and maimed, figures that are still quoted as fact by the company and by careless journalists. The phenomena only throws up questions and more questions. Why would a government so greatly weaken its own position in a settlement dispute? Why would it prevent medical information on the gas being publicly available, information that could benefit the efforts of physicians working with the aftermath of gas poisoning? Why indeed, even 18 years later, was there an official climate of secrecy and cover-ups concerning what a foreign company had done to the very people that the same officials are assigned to represent and protect?”
Tim Edwards, Researcher and BMA Trustee, December 2002
All photographs: Andy Moxon



